Un mois sans voiture – à la campagne

Vivre sans voiture, c’est facile! Surtout si tu habites près de ton lieu de travail et de tes activités, de préférence à Lausanne, Fribourg, Berne ou Genève. Ce n’est pas mon cas, mais j’ai quand même voulu relever un petit défi qui s’inscrit dans mon cheminement vers un mode de vie plus respectueux de la planète.

Si tu me suis sur Instagram (tous mes articles commencent comme ça, non?) tu as déjà pu entrevoir quelques impressions de mon défi de «janvier sans voiture». Je n’étais pas sûre d’en faire un article ici, le but de «Lève l’encre» étant plutôt de parler voyage, mais finalement pourquoi pas. Voici donc un résumé un peu trop long et qui manque cruellement d’images.

Pour s’y retrouver, commençons par le sommaire:

  • Contexte
  • Les règles du jeu
  • Mon expérience
    • Grandcour
    • Payerne
    • Saint-Aubin
    • Ailleurs
  • Le bilan
    • Organisation
    • Environnement
    • Argent
  • Conclusion et apprentissages

1[1]

Comme tu le sais probablement, je travaille pour le Magazine ATE (Association transports et environnement) et j’écris non seulement des articles sur mes voyages, mais également sur l’actualité et la politique de la mobilité en Suisse. Dans le cadre d’une édition consacrée à la vie sans voiture, j’ai pensé que le point de vue de quelqu’un qui vit à la campagne viendrait apporter une nuance intéressante à ce que nous savons déjà sur les avantages de se passer d’une voiture en ville. J’ai donc proposé de faire ce défi sur un mois et de le retranscrire sous la forme d’un témoignage.

J’habite actuellement à Avenches, dans la campagne broyarde, mais j’ai vécu pratiquement toute ma vie à Grandcour, petit village juste à côté. On le sait, les habitudes liées à la voiture sont très différentes entre la ville et la campagne. Chez nous, à la campagne, la voiture est culturellement très ancrée au quotidien – souvent parce que le réseau de transports publics n’est pas assez dense, mais parfois aussi par confort et habitude. À ce sujet, les représentations sont profondes, presque identitaires; la voiture est symbole d’indépendance et de liberté / on passe le permis à 18 ans, sinon c’est un peu la honte / etc.

Dans ma vie personnelle, je suis très souvent en vadrouille. C’est assez caractéristique des gens de chez nous, non? On s’engage dans les sociétés locales et on est vite en route pour un comité par-ci, une répétition par-là, une assemblée ou un événement. Et puis, les liens qui nous rattachent à nos origines, qu’ils soient familiaux ou amicaux, nous font irrémédiablement revenir au bercail très (trop?) souvent.

2[1]

Pour faire sérieux, j’ai fixé quelques grandes lignes à ce défi:

  • Je ne comptabilise que sur les trajets effectués en dehors du travail (où je me rends de toute façon en train)
  • Je ne peux pas effectuer de trajet seule en voiture (donc pas de prêt de voiture, système Mobility ou autre)
  • Je ne peux pas organiser un trajet exprès pour moi (qu’on vienne me chercher à quelque part)
  • J’essaie au maximum de vivre comme si j’avais ma voiture, car ce serait un peu facile d’annuler tout rendez-vous dont le lieu serait un peu compliqué à atteindre.

Avant de me lancer, j’ai parqué ma voiture chez mes parents pour une hibernation forcée et informé mon entourage (qui allait certainement y contribuer, pour son plus grand plaisir) du défi. Le choix d’alternatives était le suivant: la marche, le vélo, les transports publics, le covoiturage et l’autostop.

3[1]Avant toute chose, le plus important est de se renseigner sur les horaires des transports publics. Premier constat positif: le réseau s’est nettement développé depuis l’époque où mon choix se limitait au bus ou au boguet. J’ai également vérifié l’état de mon vélo, même s’il ne serait probablement pas mon premier choix.

Les premiers jours, chaque trajet a un petit goût d’aventure. Il faut bien prévoir, prendre le temps et parfois, accepter d’en perdre. Avenches s’avère un bon point de départ; la gare me permet de me déplacer assez facilement et j’ai des voisines qui partagent certains trajets de mon emploi du temps, notamment pour rentrer à Grandcour (merci mesdames). Sur le mois, je ne rencontre finalement pas de grandes difficultés. Voici quelques exemples pour aller dans le détail:

GRANDCOUR
Je retourne à Grandcour environ une ou deux fois par semaine. Je peux souvent faire du covoiturage et j’opte quelques fois pour le vélo (le mois ne janvier n’a pas été trop enneigé, heureusement) – options que j’utilisais déjà avant le défi. Mais une fois la nuit tombée, le village est malheureusement bien peu connecté au reste du monde si l’on n’a pas de voiture; le dernier bus quitte la place du village peu avant 19h30. Il faut alors se rabattre sur l’autostop, ce qui a bien fonctionné pour moi.

Pour résumer ce que j’ai testé:

  • En covoiturage: 15-20 minutes (Avenches-Grandcour)
  • En TP: entre 33 minutes et 1h36 (Avenches-Grandcour/Avenches-Payerne-Grandcour/Avenches-Payerne-Estavayer-Grandcour [loool])
  • À vélo: 35-40 minutes (c’est vraiment un joli parcours, mais il y a beaucoup moins de plaisir au retour s’il se fait de nuit)
  • En stop: environ 45 minutes, selon la gentillesse des automobilistes (Grandcour-Payerne en stop, puis 10mn de train)

PAYERNE
Payerne n’est pas une destination problématique depuis Avenches. Le train circule une ou deux fois par heure, il faut juste s’adapter un peu. Le trajet prend plus de temps qu’en voiture car je dois me rendre assez loin de la gare, mais il y a un énorme point positif: pas besoin de chercher une place de parc (ceux qui connaissent la douce cité de la Reine Berthe savent de quoi je parle). Je marche un peu plus que d’habitude, mais j’aime bien ça. J’ai déjà tiré ce constat de mes trajets à pied ou à vélo: lorsque l’on se déplace moins vite, on prend le temps de lever les yeux sur ce qui nous entoure. En plus, j’ai l’impression que l’esprit est plus libre qu’en conduisant, l’occasion de réfléchir, de mettre de l’ordre dans ses pensées et de se sentir plus « organisé » d’une certaine façon (c’est en tout cas mon ressenti).

SAINT-AUBIN (FR)
Encore un petit exemple broyard. Mes vendredis matin commencent à Saint-Aubin dans la transpiration et la bonne humeur. En voiture, le trajet me prend à peine 15 minutes, ce qui me permet de me lever juste une demi-heure avant le début du cours. Bonne surprise: un bus relie Avenches et Saint-Aubin sans changement et en une demi-heure (ce n’est peut-être pas surprenant, mais je ne prends jamais le bus donc j’ai découvert le réseau grâce au défi). J’avance le réveil et je commence la journée en respirant l’air frais du matin sur le chemin de la gare. J’entends le bruit des grattoirs sur les vitres des voitures et je suis contente de passer mon tour. Points négatifs: le bus est cher (je paie 5.10 en demi-tarif pour faire Avenches-Saint-Aubin, alors qu’en comparaison, Avenches-Payerne coûte 3.80 en train) et il est presque vide. Niveau empreinte écologique, j’ai quelques doutes.

AILLEURS
Ma vie ne se limite pas aux contours de la Broye 🙂 Pendant le mois de janvier, je me suis notamment rendue en Valais (en train – plus long et plus cher mais plus confortable et plus tranquille) et sur les hauts de Lausanne pour une séance de commission de la FVJC (je raconte un peu trop ma vie dans cet article). Cette destination était probablement la plus alambiquée du défi. Je m’y rends d’habitude en voiture en 45 minutes, mais pour l’occasion j’ai dû m’organiser: l’aller n’était pas trop compliqué, j’avais rendez-vous à 19h, je suis partie du travail à 17h pour faire Berne-Lausanne en train, Lausanne Gare-Sallaz en métro et finalement Sallaz-Montblesson en bus, arrivée à 18h58. Parfait! Pour le retour, le dernier bus partait à 22h17 (on peut aussi le prendre plus tard, mais il faut dormir quelques heures à la gare pour rentrer le lendemain). Trajet prévu: Montblesson-Sallaz en bus, Sallaz-Gare en métro, Lausanne-Fribourg, Fribourg-Payerne et enfin Payerne-Avenches en train (arrivée 00h17). Heureusement, une bonne âme m’a finalement amenée à Moudon pour prendre un train direct jusqu’à la maison (ouuuuf – et merci).

4[1]

En chiffres, voici les kilomètres parcourus en janvier (toujours sans compter les trajets effectués pour le travail):

NoCarJanuar

Organisation ✍
Après un mois, le bilan est plutôt positif. J’ai maintenu mes engagements habituels, mais j’ai aussi pu constater les limites des TP. Cela n’aurait pas été possible sans le covoiturage, en particulier pour les déplacements en soirées et les dimanches. Vivre sans voiture à la campagne demande plus de temps et d’organisation, mais c’est faisable. Je précise en revanche que mon constat s’applique à Avenches, il serait certainement plus nuancé si j’habitais encore à Grandcour.

Pour être honnête, j’ai quand même échoué à respecter les règles du jeu: le dernier dimanche du mois (si près du but!) j’ai été obligée de prendre ma voiture pour me rendre le matin à Savigny et l’après-midi à Grandcour. Comme dit plus haut, les TP le dimanche c’est vraiment l’enfer pour les villages. J’ai tenté d’organiser un covoiturage, mais sans succès. La meilleure option aurait été d’annuler l’un des deux rendez-vous.

Je complète donc la liste de ce dont on a besoin pour vivre sans voiture à la campagne: temps, organisation et, parfois, quelques sacrifices.

Environnement 🌍
L’aspect environnemental est le plus important pour moi dans cette expérience. J’ai calculé la différence avec l’outil Mobitool et mon bilan en matière d’émissions de CO2 a été divisé par deux. J’ai pourtant une petite voiture, qui consomme assez peu, mais l’écart s’explique notamment par la grande proportion de kilomètres effectués en train (le réseau suisse est entièrement électrifié et 90% de l’énergie est d’origine hydraulique donc durable). Le covoiturage est également déjà un excellent premier pas dans la bonne direction: le taux de remplissage des voitures est beaucoup trop bas (1,56 personne en moyenne) en comparaison avec ce qu’un véhicule consomme et la place qu’il prend dans l’espace public.

Argent 💰
Lorsqu’il s’agit de choix en matière de mobilité, l’aspect financier est évidemment central. Après un mois sans voiture, la facture des CFF est forcément plus élevée que d’habitude (environ 2x plus), mais en comptant le prix des pleins d’essence et les autres frais qu’engendre un véhicule, le prix est finalement assez comparable. L’expérience sur un mois est probablement trop limitée pour avoir une vraie comparaison, il faudrait prendre en compte les frais sur une année pour avoir une idée plus pertinente.

5[1]

Je suis heureuse d’avoir relevé ce défi. Au-delà de l’aspect environnemental, il m’a permis de me poser des questions sur cette thématique et de partager des discussions super intéressantes. Est-ce que mes habitudes ont changé? Oui, absolument. Depuis janvier, j’opte beaucoup plus souvent pour le train (par exemple pour aller à Payerne) et je repense mes déplacements (quitte à les limiter). Avec ces quelques mois de recul, je souhaite terminer sur trois points:

Considérer le contexte
En début d’article, j’ai mis l’accent sur les représentations et les habitudes en matière de mobilité à la campagne. Par ce défi, je suis contente d’avoir un peu bousculé mes propres convictions, même si mon changement de pensée fait partie d’un cheminement bien plus large, notamment influencé par mon travail à l’ATE. Si la dépendance à la voiture est encore très forte à la campagne, il est évident que c’est la conséquence d’une limitation des transports publics. J’entends souvent de la bouche des citadins que la voiture est un luxe, mais c’est parfois la présence d’un arrêt de TP bien desservi et proche de chez soi qui en est un, non?

Déplacer le problème?
Se priver de voiture et profiter de celle des autres en faisant du covoiturage est évidemment une fausse solution et une option bien égoïste. Pendant le défi, j’ai parfois eu l’impression de profiter des autres en m’évitant des dépenses et des contraintes liées à une voiture. Mais c’était évidemment temporaire et l’équilibre a été retrouvé dès février. Pour y remédier à plus long terme, il suffit de partager les frais lors d’un covoiturage et/ou d’opter pour une solution de partage (avoir une voiture pour plusieurs personnes, utiliser Mobility, etc).

Au moins essayer
Même si j’étais déjà consciente de la plupart des éléments que j’ai observés pendant le défi, rien de vaut l’expérimentation. Cela peut sembler extrême, de se passer complétement de quelque-chose du jour au lendemain, mais je pense que le faire sous forme de défi pendant une durée définie est un excellent apprentissage (à appliquer à plein de niveaux d’ailleurs: un mois sans acheter dans les supermarchés, sans consommer de viande, sans boire d’alcool ou encore un an sans prendre l’avion, sans acheter d’habits neufs, etc).

L’écologie est au cœur de l’actualité et internet déborde de conseils pour s’y mettre petit à petit. Le plus important à mon avis est d’essayer et d’avancer à ton rythme. Et même si le fait de parler d’un petit progrès que tu as fait t’attirera peut-être un flot de remarques sur les efforts que tu n’as pas encore faits, n’oublie pas qu’on n’a pas besoin de quelques individus absolument exemplaires mais de plein de personnes qui font au mieux 😉


Si tu as lu jusqu’ici, bravo! J’espère que cet article t’aura plu et qu’il t’aura apporté quelque-chose de positif. C’est avec plaisir que la discussion peut se poursuivre dans les commentaires!

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4 commentaires sur « Un mois sans voiture – à la campagne »

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