Échappée hivernale près du Lac Vert

Viens, on part en promenade autour du Lac Vert, dans un décor froid et enivrant au cœur du canton du Jura. C’est comme une grande inspiration d’air frais, d’adrénaline et de beauté. Ça te fait te sentir en vie.

Janvier est frénétique. C’est comme ça depuis plusieurs jours. Plusieurs semaines peut-être. Je regarde le temps qui m’échappe, qui glisse comme du sable entre mes doigts. J’ai l’impression de brûler le truc par les deux bouts – ce n’est pas une chandelle plutôt un pétard, violent et imprévisible. Dès que je m’arrête, j’entends le tic-tac en fond de ma poitrine et j’ai peur. Des fois, ça me prend sans crier gare. Alors je m’allonge sur le sol pour sentir le froid du parquet. Je retiens mon souffle, fais le vide et remets de l’ordre dans ma tête. Ça commence souvent comme ça, et ça finit toujours pareil: on s’enfuit.

Il fallait surtout de la nature et de l’émerveillement. Et partir loin. Le bus me dépose dans le petit bled d’Undervelier où le calme le plus plat règne en ce matin de janvier. Le début de la promenade se fait le long de la route jusqu’au lieu-dit des Blanches-Fontaines où un sentier bien plus agréable s’engouffre dans la forêt. Juste à côté, le ruisseau murmure sa mélopée cristalline et se fraie un chemin entre les grosses pierres couvertes de mousse. Il suffit de moins de dix minutes de marche pour rejoindre le Lac Vert. C’est calme. Et c’est très beau.

Je traverse le pont qui enjambe la cascade et m’engouffre dans la forêt. Je grimpe jusqu’à la route où je marche quelques mètres avant de la quitter pour un sentier presque invisible au premier abord. L’ascension commence le long d’une étroite cascade figée par la glace. C’est vrai qu’il fait froid. Mais ça monte, les doigts se réchauffent et les joues s’empourprent. La première partie de cette randonnée est la plus éprouvante.

Les traces de chaussures et de pattes dans la neige sont la plus fiable indication concernant la direction à suivre. Il faut dire que cet itinéraire ne figure pas sur les cartes officielles. Le chemin zigzague et gravit la montagne tandis que derrière moi, la vue s’ouvre sur les sommets jurassiens. C’est étroit, escarpé, enneigé. Honnêtement, j’ai un peu peur. Et si je glisse? Je pense aux informations bien trop floues que j’ai données à la seule personne au courant de mon programme. Sur la fin de l’ascension, une corde vient assurer mes pas hésitants et, étourdie par l’adrénaline, j’atteins finalement la crête.  

Je sors de la forêt et, dans le champ enneigé et balayé par la bise, je suis les nombreuses traces d’animaux. Plus sauvages encore, les tracteurs ont creusé d’épais sillons jusqu’à la lisière du bois. J’entends les tronçonneuses affairées et contemple les arbres coupés qui gisent sur le sol. Ça parfume l’air glacial.

Retour dans la forêt – c’est si beau. Le sentier redescend doucement avant de s’élargir. La neige a commencé à tomber. Sans bruit, elle picore mon visage et dessine des larmes glacées sur mes joues. J’atteins la route principale et n’ai d’autre choix que de m’y aventurer.

Je compte sur ma veste écarlate pour me sauver la vie car la visibilité est franchement mauvaise. En contre-bas, le froid n’a pas pétrifié le torrent des gorges du Pichoux. De lourdes stalactites parsèment les falaises mais au-dessous d’elles, l’eau rugit, inarrêtable.

Je quitte enfin la route en enjambant la glissière et rejoins un énième sentier discret qui dévale la pente jusqu’au ruisseau. Vert, blanc, gris. Le silence est magique. Je retrouve finalement le lac à la surface émeraude. La neige tombe dru mais le cœur est léger.


Informations utiles

Cette randonnée presque secrète vient du blog de Gaëlle «Tous Azimuts Rando», que j’ai découvert sans faire exprès et que je te recommande vivement pour la qualité des articles et la beauté des photos!

🌲 Itinéraire : pour le détail, je te renvoie vraiment sur l’article de Tous Azimuts Rando, tout est super bien expliqué.
🌲 Durée: compte trois heures si tu commences à Undervelier
🌲 Longueur: environ 7 kilomètres
🌲 Difficulté: moyenne, n’y va pas si tu n’as pas le pied sûr (Gaëlle résume très bien le truc : «je n’emmènerais pas ma mère»)

5 commentaires sur « Échappée hivernale près du Lac Vert »

  1. C’est magnifique. Je trouve incroyable de se dire qu’on a ce genre de paysages et de coins naturels si proches de nous. Et ce texte… je ne sais pas trop pourquoi, mais ça m’a émue. J’espère que la suite du mois de janvier sera plus doux 🙂

    1. Oh Jade merci beaucoup pour ton commentaire. Tu as raison, on a tellement de chance d’avoir des endroits aussi beaux et aussi différents près de chez nous. Et s’y perdre fait beaucoup de bien ✨

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