
📆 6 avril 2026
📍Budapest – Belgrade
Le Flixbus part à 8h30 de Budapest et prendra six heures pour rejoindre Belgrade. Je somnole jusqu’à la frontière, où il faut sortir du bus pour présenter son passeport à un officier peu avenant. Nous sortons de l’Union européenne. La Serbie déroule ses plats paysages nervurés par l’agriculture. Ça et là, une vieille bicoque en ruine offre un radeau à mes yeux hypnotisés par la monotonie des champs. Le bus nous dépose à l’entrée de la ville, dans le quartier de Novi Beograd. Sans internet et étourdie par une langue qui m’est inconnue, je monte dans un bus au hasard et parviens à me rapprocher de la vieille ville. Je poursuis à pied, traverse le pont qui surplombe les eaux brunâtres de la Sava. Autour de moi, le trafic est assourdissant.
J’ai réservé un lit dans une auberge de jeunesse en plein centre-ville, forçant l’introvertie solitaire à sociabiliser. Mais c’est plutôt mal parti : il n’y a pas de réception, je reçois un message avec le code pour accéder au logement. J’y entre et trouve le dortoir comme les espaces communs parfaitement déserts. Peu importe, le soleil brille sur la capitale serbe, je ressors donc pour en profiter.
La ville est moins reluisante que Budapest. Hérissée d’immeubles dépenaillés surmontés d’enseignes publicitaires, elle me fait davantage penser à Bucarest. Je m’éloigne du centre historique pour traverser le parc Tašmajdan, grande étendue de verdure et de hauts arbres. Des enfants s’activent sur la pelouse, encouragés par deux jeunes profs de sport. Entre les feuillages, je repère les superbes tourelles de pierre rouge de l’église Saint-Marc.
La promenade me mène au pied de la basilique Saint-Sava, deuxième plus grande église chrétienne orthodoxe au monde. Son intérieur m’éblouit littéralement : tout y est doré, richement ornementé. L’église est récente, ouverte au public depuis 2020 seulement. Des travaux bourdonnent encore sur le parvis, d’ailleurs, où les ouvriers s’activent au son de l’office religieux porté à l’extérieur par des haut-parleurs. Une jeune femme fait son jogging en tournant autour de l’église comme sur la piste d’un stade.


Non loin de là, je me faufile dans le marché Kalenić où les stands de fruits et légumes explosent de couleurs. Pâques (orthodoxe) approche, on vend aussi de magnifiques œufs décorés pour l’occasion. Un vieil homme au visage ciselé de rides m’indique avec amusement une pile de gros œufs bruns, deux fois plus grands que nos œufs de poule. Je lui souris en retour, sans la moindre idée de ce dont il s’agit…
J’ai l’impression d’être la seule visiteuse, ici. En fait, Belgrade semble encore assez préservée du tourisme. Bien sûr, on rencontre des stands de souvenirs et des menus en anglais dans les restaurants des alentours de la place de la République, mais la foule ne s’y presse pas. On flâne avec plaisir dans la rue Knez Mihailova pour admirer ses belles façades ou boire un café en terrasse. Tout au bout de la longue allée piétonne, on traverse le parc de Kalemegdan pour rejoindre la forteresse de Belgrade. Depuis son promontoire, on voit les eaux de la Sava se mêler aux flots bleutés du Danube.
De retour à l’auberge, je fais la connaissance de mes colocs. D’abord Andrei, qui rentre survolté pendant que je griffonne sur le canapé. Il se présente, on échange deux mots qui couvrent les paroles des chansons de punk russe qui sortent de son natel. Andrei vient de Russie, comme Artiom et Micha qui rentrent peu après. La Serbie n’a pas pris de sanction suite à l’invasion de l’Ukraine, elle est donc une destination de voyage aisée et prisée pour les Russes. Le lendemain, Emlé débarque à l’auberge depuis Istanbul. Il connaît bien la ville, il hésite à s’y installer pour de bon. En soirée, ce sont deux femmes d’un certain âge qui viennent occuper la seule chambre double de l’auberge. Venues de Moscou, elles m’offrent la première vraie opportunité de parler en russe !






