
📆 10 avril 2026
📍Sofia, Bulgarie
Il a fallu se lever tôt. Se faufiler hors du dortoir sans réveiller les fêtards et s’échapper dans les lueurs de l’aurore. La nouvelle gare centrale de Belgrade se trouve un peu en dehors du centre-ville, dont elle se démarque par un monument moderne et immaculé. Le train régional pour Niš avance lentement, traversant la campagne serbe parsemée de buissons moussus et de branchages chargés de fleurs blanches.
Arrivée à destination, j’ai deux heures pour rejoindre la gare routière, de l’autre côté de la rivière. La ville n’est pas bien grande, j’y suis rapidement. Une forteresse pleine de verdure et un petit marché à l’odeur de cochon grillé s’étendent juste à côté. Je change mes derniers dinars serbes en euros avant de me diriger vers le départ où les grands bus rouges Niš Express somnolent à quai. Mais pour Sofia, c’est dans un austère minibus qu’il faut embarquer. Le chauffeur est méchant, il aboie des informations en serbe d’un air méprisant. Je dépose mon sac dans le coffre et monte à bord en marmonnant, déstabilisée par l’inconfort de l’incompréhension. Assis derrière moi, Nathan a probablement repéré une intonation familière dans ma voix. Il vient de Paris et parle avec la douceur qui manque au chauffeur. Nous suivons le même chemin : Budapest – Belgrade – Sofia – Istanbul. Notre minibus presque vide quitte Niš et rejoint l’autoroute. Tout autour de nous, la Serbie déroule ses collines broussailleuses… À la frontière, nous sortons du minibus pour passer le contrôle – tampon sur le passeport et nous revoici en Europe. Bonjour la Bulgarie, tout en vallons parsemés d’arbres blanchis par leurs bourgeons éclatés. Le soleil rase les toits des maisons de brique pâle. Sur la campagne bosselée, le vert se vêt de toutes ses nuances.
Nous arrivons à Sofia plus tôt que prévu car il y a une heure de décalage avec la maison. Derrière les lueurs de la capitale, une lourde montagne bleu marine veille. Au premier plan, des barres d’immeubles blancs. Le reflet du soleil se couche dans leurs centaines de fenêtres.
Nathan reste une nuit, moi deux. Nous marchons ensemble vers le centre-ville avec un troisième francophone attrapé au passage. Lui revient d’Istanbul, dont il nous conte toute la magie. Ils me quittent l’un après l’autre, bifurquant dans des ruelles où brille le néon d’un kebab ou d’une auberge. La nuit enveloppe Sofia, son accueil est chaleureux. Ses grands boulevards sont hérités du communisme mais, dans les sous-sols du métro, les vestiges racontent l’histoire bien plus ancienne de celle qui s’appelait alors Serdica. Développée dès le 1e siècle par les Romains, notamment en raison de la présence de sources thermales, Sofia est l’une des plus anciennes villes d’Europe. À la station de métro Serdika, je dépasse les ruines qui rappellent que la Via Diagonalis passait ici en direction de Constantinople pour rejoindre la surface et, juste après, la porte de mon auberge.
Le lendemain matin, je retrouve Nathan et une dizaine d’autres touristes pour une visite guidée. Ivo nous raconte sa ville avec passion et humour. On déambule sur les grandes allées, au pied des monuments. Là, au centre de Sofia, se côtoient l’église orthodoxe, la mosquée, l’église catholique et la synagogue. Une bonne entente qui a traversé les années et forge aujourd’hui l’identité des Bulgares, comme nous explique Ivo, non sans fierté. Il parle de l’amitié, que les Sofiotes célèbrent en s’offrant des bracelets de coton rouge et blanc qu’il faut accrocher au premier arbre qui fleurit au printemps. Il nous laisse au pied de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski, saisissant édifice aux toits verts et coupoles dorées. C’est la deuxième plus vaste cathédrale des Balkans, après le temple Saint-Sava de Belgrade. À l’intérieur, on découvre un décor sombre et magistral, éclairé par des couronnes de bougies. C’est vendredi des Rameaux dans la tradition orthodoxe, les fidèles font la queue pour recevoir une branche.
Sous le soleil, nous arpentons les rues pleines de vie de Sofia. Je déchiffre les enseignes en cyrillique pendant que Nathan s’étonne de tous ces climatiseurs, caissons blanchâtres accolés aux fenêtres des immeubles communistes. Dans le parc du palais de la culture, une foire se tient pour le week-end pascal avec stands de nourriture, d’artisanat, de bricoles. Comme une toile au fond de ce décor, on aperçoit le sommet enneigé du mont Vitosha. La capitale bulgare me plaît, à la fois calme et accueillante, entre architecture photogénique, street-art et terrasses où savourer un avant-goût de printemps.







