
📆 13 avril 2026
📍Sofia – Istanbul
Le train pour Istanbul part à 18h50, j’ai donc une longue journée de vide devant moi. Pour aller voir au-delà du périmètre déjà visité, je chausse mes baskets et cours jusqu’à atteindre un grand parc aux allées désertes. Il fait gris, les photos seront jolies aujourd’hui. Après une douche et une longue promenade pour m’imprégner encore de Sofia, je me résigne à passer quelques heures devant l’ordinateur. J’ai réussi à couper de tout ce qui m’occupe en Suisse, sauf un truc. On l’appelle juste « Le livre » à force d’y travailler, stylo en main et sourcils froncés à la table du salon. Je ne fais que la correction et la mise en page, Emile écrit. Avant de partir, j’ai lu et relu, raturé des phrases, glissé des commentaires et des points d’interrogation dans la marge. Et je me suis beaucoup émerveillée aussi – c’est beau, le talent, n’empêche. Depuis que je voyage, c’est la mise en page qui m’occupe, quelques heures par-ci par-là. On trouve des moments pour échanger, faisant fi du décalage horaire et des connexions wifi récalcitrantes. Maintenant, le livre est presque terminé, on peaufine les détails.
Il y a un petit goût mythique à prendre le train de nuit Sofia-Istanbul, sur l’une des anciennes routes de l’Orient-Express. Je suis seule dans une cabine spacieuse dont les deux sièges se transforment en lit. En fait, il y a très peu de monde dans ce train. Jusqu’à Plovdiv, à trois heures de Sofia, je m’attends à tout moment à ce qu’une personne monte à bord et vienne occuper la deuxième place, mais non. La nuit est bruyante, ébréchée par le klaxon du train qui retentit presque dans chaque gare. À la frontière, il faut sortir pour se présenter à un imposant douanier ventru qui tamponne nonchalamment nos passeports. Il est 2h30, nous patientons sur le quai en training ou en pyjama. Lorsque tout le monde est remonté dans sa cabine, le train quitte Svilengrad et je me rendors pour quelques heures. À 4h15, le contrôleur frappe à nouveau à ma porte et me dit de descendre, avec mon sac cette fois. Par la fenêtre, au milieu du noir qui étouffe le paysage, une mosquée toute illuminée dresse ses quatre minarets vers le ciel sans étoile. La pièce se rejoue : on sort, on défile devant le douanier et son tampon, puis la caméra immortalise nos visages ensommeillés. Retour au lit. Sous la couverture râpeuse, je m’endors pour de bon.
Le soleil se lève timidement sur la campagne. Par la fenêtre, je vois des vallons coiffés d’éoliennes et le ciel qui se couvre à mesure que nous dépassons des petites gares presque désertes. Peu avant Istanbul, les nuages laissent même tomber quelques gouttes avant de se raviser. La gare d’Halkali est un peu en dehors du centre-ville, mais il est facile de rejoindre Sultanahmet avec le train rapide qui connecte l’immense territoire d’Istanbul. À Sirkeci, je me laisse porter par le flot des gens et débouche dans les ruelles bouillonnantes de la vieille ville. Les vitrines scintillent : elles débordent de pâtisseries luisantes, de bijoux et de vaisselle. Je grimpe jusqu’au centre névralgique, près des deux mosquées emblématiques d’Istanbul. Partout dans la rue, les chats ronronnent et attendrissent les touristes.
Je m’installe dans un parc avec vue sur la Mosquée Bleue. Des mouettes dansent autour de ses majestueux minarets. C’est fou, d’être ici. Je griffonne ces émotions dans mon carnet, ignorant la vie qui s’agite autour de moi. Quand je lève la tête, une jeune Coréenne s’approche pour m’envoyer la photo qu’elle vient de prendre de moi. On échange quelques mots et nos comptes Instagram. Un homme efflanqué, peau mate, cheveux poivre et sel, m’interpelle. Il veut discuter, savoir d’où je viens, ce que je pense d’Istanbul et de la Turquie. Il m’apprend à dire « bonjour » et « merci », disparaît puis revient un peu plus tard en m’offrant une pomme. J’ai lu trop de contes de fées pour la croquer, mais je le remercie en souriant.
Je passe à l’auberge déposer mes affaires. La minuscule chambre sent très fort le parfum bon marché et donne sur une rue en travaux. Le lit prend tout l’espace, il n’y a nulle part où s’asseoir. C’est embêtant pour les quelques heures de travail et le cours de russe en visio qui m’attendent pendant mon séjour… J’hésite, demande le code du wifi et trouve un autre établissement. Je rends la clé de celui-ci en expliquant par traducteur interposé que cela ne convient pas mais merci, vraiment, « teşekkürler » ! La nouvelle chambre est spacieuse, et encore plus proche des points que j’ai prévu de découvrir ces prochains jours.





