
📆 11 avril 2026
📍 Sofia, Bulgarie
Plus qu’un musée, le Red Flat est un voyage dans le temps. Derrière l’austère façade d’un immeuble de Sofia, un appartement des années 1980 présente un instantané de la vie quotidienne durant la période communiste. C’est Ivo, le guide rencontré dans l’épisode précédent, qui nous a conseillé cette visite. Au comptoir du magasin de souvenirs GIFTED, nous achetons nos billets d’entrée à une jeune femme qui parle quelques mots de français. Elle nous donne un dépliant, un tour de cou avec l’inscription «Visitor» et les indications pour nous rendre dans l’appartement, au coin de la rue.
On sonne, la porte grésille et on monte jusqu’au quatrième étage. Une autre employée nous distribue l’audioguide (disponible en français) et nous invite à commencer la visite. Le Red Flat est un musée interactif ; le public est invité à toucher, fouiller, sentir et même goûter. Dans nos oreilles, une voix féminine teintée d’un accent slave nous guide de pièce en pièce, narrant la vie de la famille Petrovi – la mère Elena, le père Plemen et le fils Boyan. On ne parle jamais vraiment de l’Histoire, des gens au pouvoir ou des événements qui marquèrent cette époque. Le musée s’attache à dépeindre le quotidien sous le communisme, au milieu des années 80.

L’appartement est modeste, composé d’une salle à manger ouverte sur le salon, d’une chambre d’enfant, d’une cuisine et d’une petite salle de bain. Le mobilier d’époque, soigneusement conservé, est agrémenté d’une foule de détails – bibelots, vêtements, décorations, photos de famille – qui fabriquent une atmosphère pleinement immersive.
Dans la pièce à vivre, les livres remplissent l’étagère murale et la télévision grésille sur un vieux programme. Je feuillette les dépliants publicitaires qui parlent de voyage en écoutant la voix me parler des vacances dont profitait la famille Petrovi. Destination : les autres États du bloc soviétique, évidemment. Dans la chambre de Boyan, les jouets côtoient les affaires d’école et le tourne-disque. Contre le mur sommeille son vélo «Balkan», icône de l’époque avec sa selle ajustable et son guidon haut. La cuisine est équipée d’un four, d’un frigo et d’un lave-linge fabriqués en Bulgarie. Dans les placards, les conserves de légumes ne donnent pas très envie d’y goûter, mais la boîte de chocolat est déjà vide.
Après avoir vu un aspect du communisme en Serbie, j’ai beaucoup aimé cette autre manière d’évoquer une époque. Très incarné, le récit se concentre sur une famille (fictive) qui ne semble pas subir de plein fouet les affres de ce régime. Pour autant, le Red Flat ne cache rien de la pression exercée par le pouvoir, du contrôle de l’information et de la surveillance. Ni des soubresauts de résistance, qui transparaissent au détour d’une commode, dans les colonnes d’un journal satirique, une pile de livres censurés ou un peu de Led Zeppelin glissé dans le tourne-disque.






