Vue sur les Dents du Midi

8 janvier 2026

Au départ de Morgins, mes souliers s’aventurent sur un tapis d’épines et de pives, espérant vainement fouler la neige fraîche. L’objectif du jour culmine 500 mètres plus haut, au sommet de la Foilleuse. Plus que l’ascension, c’est la vue sur la majestueuse chaîne des Dents du Midi qui coupe le souffle.

L’année s’apprête à s’éteindre. Les jours qui s’étirent d’un réveillon à l’autre font perdre la notion du temps, et cette langueur me donne des envies d’ailleurs. Le terrain de jeu est presque infini mais, pour cette fois, je n’ai pas vraiment le choix. Il faut que je retourne à Morgins, revoir ses chalets et ses versants sur lesquels veillent les Dents du Midi.

L’office du tourisme de la région m’a invitée l’an passé pour que je rédige un article dans le Magazine ATE. Je suis venue, j’ai vu mais je n’ai rien écrit. L’inspiration a fondu comme la neige avant mon passage, et il ne me reste qu’un vague souvenir pas assez fertile pour en faire une histoire. Je m’étais dit que je reviendrai. Je m’étais dit qu’il neigerait.

J’ai mis le réveil aux aurores et somnolé dans de trains et des bus jusqu’aux portes du Valais – et du Soleil. L’immense domaine skiable transfrontalier réunit douze stations avec plus de 300 pistes. Trait d’union entre la Suisse et la France, Morgins est le point de départ idéal pour celles et ceux qui préfèrent la montée à la descente. Ski de fond ou de rando, raquettes ou balade pédestres : il y a du choix.

À la sortie du bus, un son cristallin m’accueille. C’est le Carillon pour la Paix, érigé devant l’église de Morgins et dont les 23 cloches chantent sept fois par jour.

Le village est encore plongé dans l’ombre du matin. Il fait frais, mais pas tellement pour la saison. L’hiver n’est pas plus généreux que l’an passé; la dernière neige est tombée il y a 21 jours et résiste péniblement au bord de la route et sur les toits. Je dois me résoudre à la raconter, cette histoire. Celle d’une randonnée hivernale sans neige et sans froid. Il faut accepter que décembre ne ressemble plus au tableau exposé dans le musée de nos souvenirs d’enfance. Les Noëls blancs sont terminés. Mais sur les pistes, les canons entretiennent une suffisante illusion.

Je me mêle aux combinaisons bariolées et aux têtes casquées qui marchent vers la télécabine de la Foilleuse. Il faut traverser le bâtiment pour trouver, juste derrière, le départ du sentier de randonnée en raquettes. Optimiste, je les ai emportées mais le chemin reste largement praticable en chaussures de randonnée. Arrimées à mon sac à dos, elles serviront peut-être plus haut. Peut-être.

L’ascension est d’emblée très escarpée. Dans la forêt, le sentier file entre les troncs sur un sol sec, caillouteux, bordé d’une mince couche de neige dure. J’avance à l’ombre, dans un silence de cathédrale. Sur le versant adverse, visible entre les arbres, le soleil brille en soulignant l’absence totale de neige. Les tons fauves, presque automnaux, qui chatoient en face font écho au décor gris bleuté qui m’entoure.

Les étroits zigzags débouchent sur un replat dégagé où la neige tient bon. Elle crisse sous mes pas, scintille au soleil. Ses moelleux replis s’écartent sur un frêle ruisseau en partie gelé.

Ça y est, les Dents du Midi se montrent enfin. Le majestueux sourire se détache sur un ciel azur. Cime de l’Est, Forteresse, Cathédrale, Éperon, Dent Jaune, Doigts, Haute Cime; j’observe en plissant les yeux les sept sommets qui culminent à plus de 3000 mètres d’altitude. «Tout là-haut, au-dessus des parois, des pentes, des grandes gorges pleines d’ombre, et comme au-dessus des choses du monde», (d)écrivait Ramuz.

À cet embranchement, on peut poursuivre en direction du plateau de Savolaire pour effectuer un itinéraire en boucle qui revient à Morgins en profitant de la vue sur la plaine du Rhône, les Alpes vaudoises et la chaîne des Dents du Midi. Je vise plutôt le sommet de la Foilleuse et son petit dénivelé supplémentaire. Le chemin continue sur une large piste pratiquement plate que je quitte rapidement en suivant les panneaux roses de randonnée en raquettes. Dans la forêt, un cimetière de pives compose le sentier.

Les arbres laissent ensuite place à quelques chalets épars dont les balcons joliment ouvragés offrent un coup d’œil exceptionnel sur les Dents du Midi. Je m’arrête, admire, respire. Il n’y a personne d’autre sur ces paisibles versants.

Le sommet du voyage se profile. On aperçoit les pistes de ski au loin, et les points colorés qui glissent sur leurs pentes immaculées. Tout en haut, le restaurant de la Foilleuse déploie sa terrasse comme une récompense après l’effort. La descente peut se faire en télécabine ou par l’un des nombreux sentiers qui dévalent la montagne. Qui sait, ce sera peut-être l’occasion d’enfin chausser les raquettes !

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Je m’appelle Camille et je suis touriste professionnelle (entre autres). J’ai créé Lève l’encre en 2017 pour partager le récit de mes voyages à la découverte des paysages de Suisse et d’ailleurs. J’espère te donner envie de voyager, notamment en privilégiant le train – pour la planète, mais aussi parce que c’est une expérience exceptionnelle.

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