Toulouse: la vi(ll)e en rose

Dans les rues de Toulouse pétille une intarissable effervescence. Il y a un an, je me suis laissé happer par l’énergie ensoleillée de la grande ville étudiante; elle m’a attirée, emportée, effrayée, séduite, surprise et laissé un drôle de goût de reviens-y.

Il y a quelques années, j’avais mentionné en séance de rédaction du Magazine ATE que j’irais bien faire un tour à Toulouse pour un récit de voyage dans une prochaine édition. Va savoir pourquoi, je m’étais prise de fascination pour les jolies rues de la quatrième ville de France. Mais les aléas de la vie et les joies du COVID n’ont cessé de repousser ce projet. Finalement, le moment propice est enfin arrivé l’an passé et c’est avec excitation que j’ai embarqué dans un train pour la Ville rose. Enfin pour Genève d’abord, puis Valence et Narbonne avant de descendre à Toulouse-Matabiau alors que le soleil déclinait déjà sur une première journée de septembre.

Après quatre jours d’une relation tumultueuse avec Toulouse, notre séparation s’est faite à l’amiable. Je crois qu’on s’est aimées et détestées à la fois. La ville m’a lessivée dans le tourbillon incessant de se rues bruyantes. J’ai été épuisée par l’agitation ininterrompue et secouée par une sensation d’inconfort encore jamais éprouvée. Pour la première fois, freinée dans mon élan par quelques rencontres désagréables, j’ai eu peur de me promener seule dans une grande ville inconnue.

Au centre-ville de Toulouse, la priorité est aux piétonnes et piétons mais tout le monde peut circuler. La foule qui se meut comme une rivière en crue n’a de cesse de subir l’intrusion de voitures, de scooters et autres trottinettes électriques. J’ai trouvé la promenade souvent désagréable. En cette fin d’été, l’air était pesant, chargé de l’odeur des gaz d’échappement…

À les relire aujourd’hui, ces impressions gribouillées dans le train du retour me semblent mornes alors qu’un an plus tard, j’en garde un meilleur souvenir. Je crois que ce n’est pas sans lien avec l’étrange période dont nous sortions à peine et durant laquelle je n’avais eu que peu de contacts avec de bouillonnement des grandes villes.

Oublions ces quelques désagréments pour nous concentrer sur le reste. Car il y a de jolis souvenirs dans mon sac à dos. Toulouse séduit par une harmonieuse architecture. Ses façades de brique qui s’embrasent le soir venu lui valent le surnom de «ville rose» et font sa renommée par-delà les frontières françaises. Il n’en fut pourtant pas toujours ainsi.

Au 18ème siècle, les autorités toulousaines souhaitent donner à la ville la grandeur qu’elle mérite. Elles font construire de grandes artères haussmanniennes qui creusent d’imposantes balafres dans les petites ruelles tortueuses. L’objectif est explicite: Toulouse doit ressembler à Paris. Mais la brique et la tuile dérangent; elles recèlent un caractère jugé trop rural. On recouvre les toits d’ardoise et enduit les murs de céruse, un pigment synthétique blanc à base de plomb dont le rendu imite la pierre. Dès la moitié du 20ème siècle, Toulouse fait machine arrière et débarbouille ses façades, redonnant au centre-ville sa chaleur accueillante.

Il y a beaucoup de choses à voir et à faire à Toulouse, même si mon activité préférée restera toujours la promenade sans but, nez en l’air, appareil photo à la main. J’ai adoré découvrir le quartier Saint-Etienne, préservé des grandes enseignes et de la foule qui s’agite au cœur de la ville. J’y ai bénéficié d’une visite guidée passionnante et nécessaire pour comprendre la folle histoire de la cathédrale Saint-Etienne. L’architecture de cet édifice inachevé mélange le style gothique méridional massif et puissant, et le gothique septentrional, élancé et lumineux. La cathédrale semble aujourd’hui rapiécée et témoigne d’un 13e siècle plutôt mouvementé pour la ville de Toulouse.

Je ne suis pas très amie avec la religion mais cela ne m’empêche pas d’apprécier les édifices qui la célèbrent et le havre qu’ils représentent. À Toulouse, plusieurs d’entre eux valent le détour. J’ai beaucoup aimé la visite du couvent des Jacobins, qui renferme les reliques de Saint-Thomas d’Aquin. Depuis la rue, son imposant décor est austère, mais ses portes s’ouvrent sur une lumineuse église dont la double nef se termine par un spectaculaire palmier de pierre. Son cloître ensoleillé et silencieux invite à une parenthèse méditative.

J’ai également flâné le long de la Basilique Saint-Sernin, plus grande église romane de France. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle constitue une étape importante du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. J’ai bien aimé le quartier qui l’entoure ainsi que ses petits restaurants avec terrasse sur la rue.

J’ai tout de même pris le temps de me promener autour du Capitole, monument emblématique de Toulouse. Sa majestueuse façade néoclassique – en travaux lors de ma visite – abrite l’hôtel de ville et le théâtre. À ses pieds s’étend la place du Capitole, point de rendez-vous incontournable au centre duquel trône une vaste croix occitane en bronze. Ce symbole qui figure sur les drapeaux et autres emblèmes de Toulouse se compose traditionnellement de quatre branches principales représentant les saisons et ornées de trois cercles chacune pour les douze mois de l’année. Sur la place du Capitole, les douze signes du zodiaque ont été ajoutés à ses extrémités. La tradition veut que lors d’une première visite, on se place sur son signe pour faire un vœu.

Et bien sûr, il y a la Garonne. Tôt le matin ou en toute fin de journée, l’accueil toujours réconfortant de ses rivages m’a offert des moments magiques. L’été, on y trouve d’ailleurs de sympathiques guinguettes où boire un verre en profitant du soleil.

Toulouse est le berceau de l’aviation, secteur encore très important pour l’économie et l’emploi de la région. La thématique est un peu épineuse pour les raisons environnementales qu’on connaît, mais j’ai quand même envie d’en parler dans la mesure où cela fait partie de l’histoire toulousaine.

Un peu en dehors de la ville, le bus m’a conduite à la Piste des géants où j’ai visité le musée «L’envol des pionniers» qui nous emporte dans l’histoire de l’Aéropostale. Au sortir de la Première guerre mondiale, l’ingénieur et entrepreneur Pierre-Georges Latécoère, imagine une façon de réutiliser les avions militaires à des fins commerciales. Son projet? Un service aéropostal qui transporte le courrier entre la France, l’Afrique et l’Amérique du Sud, à une époque où les avions ne sont guère conçus pour parcourir plus de 400 kilomètres. «J’ai refait tous les calculs et ils confirment l’opinion des spécialistes. Mon idée est irréalisable. Il ne me reste qu’une chose à faire: la réaliser». Latécoère se lance, s’entoure de remarquables pilotes et écrit la légende de la poste aérienne.

Une exposition temporaire retraçait la vie d’Antoine de Saint-Exupéry, écrivain-aviateur dont je ne connaissais presque rien. J’ai adoré en découvrir plus sur ce personnage, tisseur de lien et magnifique conteur.

Juste à côté du musée se trouve ce qui constitue probablement ma visite préférée du séjour: la Halle de la Machine. Ce vaste hangar renferme un intrigant bestiaire. Araignée géante, dragon, Minotaure: les œuvres insolites et poétiques sortent de l’imagination de la compagnie de théâtre de rue La Machine.

Une équipe de machinistes à l’humour décalé accueille le public et lui conte la légende de chacune de ces impressionnantes créations avant de leur donner vie. J’ai adoré l’imagination sans limite et l’ambiance steampunk qui se dégagent de cet endroit, à mi-chemin entre Jules Verne, Léonard de Vinci et Jean Tinguely.

Avant de terminer cet article, j’ai encore trois petites recommandations pour agrémenter ton séjour à Toulouse. Premièrement, passe chez Moustache, l’artisan glacier de la place Saint-Pierre 16 pour déguster la glace saveur «chocolatine».

Si tu aimes les étals colorés et les saveurs locales, tu apprécieras certainement l’authenticité du marché couvert Victor Hugo, où plus de 80 stands proposent des produits frais et régionaux.

Enfin, pour prendre un peu de hauteur, faufile-toi dans les Galeries Lafayette (Rue du Lieutenant Colonel Pélissier 4-8) et rejoins le resto Ma Biche sur le Toit, au dernier étage. Sa terrasse offre une superbe vue sur les toits en briques de Toulouse.


Un grand merci à l’office du tourisme de Toulouse pour l’invitation. Cet article est le reflet de mon expérience et de mon avis personnel. Ce voyage fait également l’objet d’un article dans le Magazine ATE, que tu peux lire gratos en ligne (mais c’est presque le même que celui-là donc bon).

5 commentaires sur « Toulouse: la vi(ll)e en rose »

  1. Très sympa cet article, j’aime bien cette façon de raconter ton expérience de la visite de Toulouse! En tout cas, ça donne envie d’y aller 🙂

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