En train jusqu’à Bucarest

Cet article est le premier d’une petite série que je vais consacrer à mon voyage en Roumaine. Commençons par les bases ici; pourquoi cette destination, ce qui se passe en 35 heures de train et comment Bucarest m’a séduite en moins de temps qu’il n’en faut pour la trouver sur la carte.

Ce que je connaissais de la Roumanie jusqu’à dernièrement se résumait à quelques éléments épars qui formaient un curieux bouquet et dont l’essence roumaine est d’ailleurs discutable: par mes lectures, j’ai découvert une Transylvanie fantasmée issue de l’esprit de Bram Stocker, l’auteur de Dracula; par mes parents, j’ai découvert et adoré l’absurde du théâtre de Ionesco; par le hautbois, j’ai découvert la souplesse chantante des «Danses roumaines» de Bartók. Et puis un jour, alors que je traînais comme souvent sur la carte de «L’Europe en train» en rêvassant à une prochaine aventure, j’ai constaté qu’on rejoint aisément Bucarest en train – aisément ne voulant pas dire rapidement! – et noté cette info dans un coin de ma tête.

C’était assez pour me donner envie de partir, mais il manquait juste le coup de pouce qui fait basculer l’idée en projet. À la fin de l’été, je me suis dit: «Et pourquoi par cet hiver?» puis, voyant qu’il me restait bien quelques jours de vacances à prendre et en faisant se rencontrer les données «forêts transylvaines» et «automne», j’ai pensé qu’il valait mieux de pas attendre la neige.

Plutôt abonnée aux courts séjours, j’étais un peu intimidée par la perspective de partir une douzaine de jours aussi loin. Après hésitation, j’ai donc décidé de passer par une agence, ce que je n’avais encore jamais fait. Il faut dire que j’aime beaucoup la partie où l’on organise le voyage, cela contribue grandement au dépaysement. Mais le début de l’automne était chargé et il me semblait bienvenu de demander de l’aide.

Je me suis tournée vers Manon, de Destinaslow, car j’aimais sa philosophie du voyage. Je ne le savais pas encore, mais sa façon de procéder conviendrait bien à ce dont j’avais besoin. Je lui ai parlé de mon projet en donnant quelques détails sur ce que j’espérais, attendais, excluais pour mon voyage et elle m’a confectionné un guide sur mesure. À l’intérieur, un programme plein de recommandations – itinéraire, activités, hébergements et autres infos utiles. À moi ensuite de choisir, de peaufiner, de réserver si besoin. Un parfait mélange entre inspiration et liberté, donc.

Pardonne cet intertitre pompeux; j’ai profité du voyage pour relire «Candide» et me suis laissé imprégner par le style des sous-titres des chapitres de Voltaire (en toute modestie bien sûr). Assez bavardé, mettons-nous donc en route. Pour l’itinéraire, c’est assez simple, en tout cas sur le papier. On n’oublie pas de saupoudrer le tout d’imprévus et de légers retards, c’est ce qui fait le croustillant du voyage.

J’ai donc embarqué dans le train de 7h08 un vendredi matin à Avenches pour rejoindre Berne juste avant 8h. Ensuite, je suis allée jusqu’à Zurich et j’ai pris le train pour Munich. Il était encore tôt, mais jamais trop pour les équipes de potes qui s’en vont passer un week-end dans la capitale bavaroise. Ils sont six ou sept, juste à côté de moi, et leur symphonie mêlant accent valaisan et ouverture de canettes de bières n’est pas au goût de tout le wagon. Après quelques soupirs condescendants et échanges de regards, ma voisine engage la conversation, me raconte qu’elle est voyage en Europe avec son mari, assis en face. Après le Portugal et la Suisse, le couple venu du Canada part découvrir l’Allemagne pour quelques jours.

Tout le monde se quitte à Munich. Le Valais se rend à la grande foire du secteur de la construction, le Canada entend découvrir la culture locale et moi j’espère réussir à trouver un train pour Budapest, car ma correspondance a quitté le quai trois minutes avant notre arrivée. La contrôleuse n’est pas aussi inquiète que moi et me conseille de passer par Salzbourg. Mais mon billet sera aussi valable? «Naja kein Problem!», dit-elle en haussant les épaules.

À Salzbourg, j’embarque sans accroc pour Budapest où je trouve finalement mon dernier train. Je me suis offert le luxe d’une cabine solo, le prix proposé sur le site des chemins de fer roumain étant très raisonnable. Il est environ 23h lorsque nous quittons la capitale hongroise et je ne tarde pas à m’endormir, bercée par le lent mouvement du train. Le douanier me réveille au milieu de la nuit pour s’assurer que j’ai bien mon passeport et je retrouve Morphée jusqu’au petit matin. Lorsque j’ouvre les yeux, il est encore tôt et je constate que le train serpente dans une vaste forêt dorée. Le décor est trop beau pour que je me rendorme et je passe la journée à la fenêtre ou presque. Dans le couloir, on se promène, on contemple la vue et on échange deux mots avec les autres voyageur∙ses dans un joli mélange de langues.

Je débarque à Bucarest juste à temps pour voir le soleil peindre des reflets orangés sur les murs de l’imposante gare du Nord. Il me reste une heure de jour pour rejoindre mon logement, au cœur de la ville.

Frénétique et hétéroclite, Bucarest est une ville déboussolante. Dès les premiers instants, j’y capte une atmosphère saisissante qui m’emporte et me séduit d’emblée. Je dors dans le quartier historique de Lipscani où, bien que fin octobre corresponde davantage à la basse saison, je découvre des ruelles super animées, des terrasses bondées et de la musique un peu partout.

Le centre historique est piéton, ce qui le rend à la fois charmant et agréable. Il s’agit du plus vieux quartier de Bucarest puisque c’est ici que tout a commencé – du moins selon la légende. Dans les années 1300, le Berger Bucur aurait fondé la ville en construisant une église quelque part sur la rive orientale de la rivière Dâmboviţa. On ne sait pas exactement où elle se trouvait, ni même si elle a vraiment existé, mais la suite est plus documentée. Vers la moitié du 15ème siècle, Vlad Ţepeş (le fameux «Empaleur» qui inspirera Bram Stocker pour son Dracula), y avait un palais et une cour. La ville s’est rapidement développée autour du palais et l’actuel Lipscani est devenu le quartier du commerce. Le nom des rues en témoigne aujourd’hui encore: rue des orfèvres, des selliers, des cordonniers et des tanneurs.

Après ma balade nocturne dans le centre historique, j’ai une journée complète pour découvrir Bucarest. En tout début de matinée, je commence par le Palais du Parlement, incontournable emblème de Bucarest et, surtout, symbole de la démesure des années Ceaușescu. Le dictateur qui régna sur la Roumanie entre 1965 et la chute du communisme a fait raser des quartiers entiers pour construire ici cet immense palais. Pour te donner une idée, c’est le plus grand bâtiment administratif au monde après le Pentagone. Je ne suis pas entrée car il faut avoir réservé une visite guidée pour avoir ce privilège et je n’ai pas suffisamment de temps ici. Mais j’en fais cependant le tour à pied, ce qui me prend plus d’une demi-heure pendant laquelle je ne cesserai pas d’écarquiller les yeux devant pareille décadence.

Je poursuis la promenade en direction de la butte de la Métropole, sur laquelle se trouve une très belle cathédrale, siège du Patriarcat de Roumanie. Le peuple roumain est majoritairement orthodoxe et plutôt très pratiquant: en passant devant une église – à pied, en bus, etc. –, on ne manque jamais de se signer. C’est dimanche et les gens se pressent à l’église. Je me mêle aux croyant∙es qui grimpent jusqu’à la petite place et, pendant que la foule s’engouffre dans l’église, je prends le temps d’admirer les édifices. Il paraît que l’intérieur de la cathédrale patriarcale est somptueux, mais il ne me semble pas approprié d’y entrer ce jour-là.

Point de vin de messe pour moi, il est temps d’aller prendre un café. Dans toutes les villes roumaines, je tomberai sur de très très bonnes adresses où le boire. À Bucarest, c’est chez Coftale qu’on prépare le meilleur, paraît-il. Situé dans une ancienne villa au cœur d’un tout autre quartier, l’endroit est super accueillant et le café divin.

J’ai prévu de visiter le musée du Village, qui se trouve dans le parc Herăstrău, au Nord de la ville. Je m’y rends à pied afin d’arpenter la capitale et de passer près de l’Arc-de-Triomphe. Sur le chemin, je constate que le dimanche est également jour de marché. Dans plusieurs quartiers, je tombe sur des petites tentes blanches et pointues où l’on vend de l’artisanat. Il y a de la musique traditionnelle et de la cuisine locale, on y parle uniquement roumain et je range donc l’appareil photo. Je compte sur mon sens de l’observation pour trouver quelque-chose qui me semble végétarien et sur le langage des signes pour le commander. La dame très âgée qui tient le stand me tend une sorte de galette-pain garnie de légumes qui me coûte environ un franc et s’avère délicieuse.

Je traverse un parc que l’automne fait briller et longe une vaste avenue où se succèdent les ambassades. La canadienne a déployé un immense drapeau ukrainien sur sa façade qui donne sur l’ambassade russe. Au bout de l’avenue se trouve l’Arc-de-Triomphe.

Après avoir franchi quelques passages piétons, j’entre dans le parc Herăstrău et trouve l’entrée du musée du Village. À la manière d’un Ballenberg roumain, il expose des centaines d’habitations traditionnelles déplacées de leur région d’origine et reconstruites à l’identique en plein Bucarest.

Il y a des églises en bois, des maisons au toit de chaume, des moulins, des fermes et bien d’autres constructions. Certains intérieurs accessibles et aménagés invitent à un voyage dans le temps. J’ai adoré cette visite qui mélange une plongée dans la Roumaine rurale et historique à une véritable parenthèse de nature. Et il y a même un lac!

Quelle bonne idée de venir ici en automne. La météo est parfaite, on traîne encore sur les terrasses, les feuilles craquent sous nos pas et la lumière adoucit toute ce qu’elle touche. Après la visite, je m’égare par d’autres chemins pour retrouver le centre-ville et me frotter encore à l’atmosphère si spéciale de Bucarest.

Ma première rencontre avec la Roumanie m’a complètement séduite, j’ai été emportée par la pluralité des caractères de sa capitale. Elle est très grande et pourtant très accessible. Grise et polluée mais tellement vivante. J’y ai respiré une agitation grouillante, une pulsion de vie où persistent les notes âcres d’un passé jamais cicatrisé. Le communisme a marqué de son empreinte un décor qui aujourd’hui refleurit tout en contrastes. Et dans les froides avenues héritées de la mégalomanie de Ceaușescu déambule un peuple chaleureux et tellement accueillant.


Informations utiles

Préparer un périple en Roumanie
Comme évoqué plus haut, j’ai fait appel à Manon de Destinaslow pour m’aider à élaborer ce voyage. Tu trouves plus d’infos sur ce qu’elle propose directement sur son site internet. En toute transparence, Manon m’a fait 10% de rabai sur ses services contre la mention dans cet article. Cela n’a évidemment aucun impact sur mon objectivité. J’ai également acheté le Petit Futé Roumanie et il m’a été super utile tout au long du voyage.

Au sujet du voyage
J’ai fait Avenches – Berne – Zurich – Munich – Budapest – Bucarest. Le voyage a duré environ 35 heures et j’ai payé 95 euros pour faire Zurich-Budapest (réservé sur Trainline) et environ 65.- pour Budapest-Bucarest en cabine individuelle (réservé sur le site des chemins de fer roumains).

Dans ce post insta, je te donne mes cinq conseils pour organiser ton voyage en train.

6 commentaires sur « En train jusqu’à Bucarest »

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