Catégorie : Cap vers l’Est
Tbilissi, un peu comme à la maison

Tbilissi, un peu comme à la maison

Le train pour Tbilissi est moderne, rapide et très rempli. Par la fenêtre, la mer Noire fait ses au revoir avant que le convoi ne s’éloigne du rivage pour s’enfoncer dans les terres. Je m’endors sans m’en rendre compte et me réveille un moment plus tard, alors que nous avançons dans un paysage où chatoient des dizaines de teintes de vert. Après une vaste plaine, on rencontre des collines bossues couvertes de forêts de feuillus. Au premier plan, les maisons sont basses, carrées avec un toit peu pentu qui convoquent un parfum d’Asie.
Batumi-figue, mi-raisin

Batumi-figue, mi-raisin

À 7h, je suis devant le bureau de la compagnie de bus. Personne ne parle anglais, mais l’homme derrière le comptoir regarde mon billet et me fait signe de patienter avec les autres. Il y a un couple de personnes âgées et une jeune femme aux yeux bordés de longs cils noirs comme son voile. Le chauffeur arrive et dit quelques mots qui font se lever l’assemblée. Je suis le mouvement, mets mon sac dans le coffre et prends place dans le minibus. Nous quittons Erzurum un peu avant 8h. Le temps est grisâtre et une fine pluie arrose la route. Dans le bus, il fait froid et une odeur de transpiration imprègne les sièges défraîchis. Nous roulons dans un vaste marais dont les champs trempés s’étirent jusqu’au pied des montagnes. Rapidement, nous atteignons le col poudré de neige. Le bus s’arrête constamment pour laisser monter ou descendre du monde. Autour de nous, les parois rocheuses sont pratiquement verticales. Des arbres semblables à des peupliers sans couleur suivent la même trajectoire.
En train à travers la Turquie

En train à travers la Turquie

Tout au long de ce périple vers le Kazakhstan, il y a des étapes qui revêtent une importance particulière. Quitter Istanbul en fait partie. Ce matin, j’ai conscience de m’éloigner vraiment de l’Europe, et la distance qui me sépare désormais de la maison me donne le vertige.
Istanbul, au parfum des bazars

Istanbul, au parfum des bazars

Je commence par visiter Istanbul seule, guidée simplement par mon instinct. Les ruelles labyrinthiques de Sultanahmet me recrachent au bord de la mer de Marmara, où pêcheurs et chats errants se disputent le poisson. Le décor n’a rien de charmant, ici. Les voitures rugissent sur le boulevard quand elles n’encombrent pas les parkings de goudron au bord de l’eau.
Un goût d’Orient-Express

Un goût d’Orient-Express

Le train pour Istanbul part à 18h50, j’ai donc une longue journée de vide devant moi. Pour aller voir au-delà du périmètre déjà visité, je chausse mes baskets et cours jusqu’à atteindre un grand parc aux allées désertes. Il fait gris, les photos seront jolies aujourd’hui. Après une douche et une longue promenade pour m’imprégner encore de Sofia, je me résigne à passer quelques heures devant l’ordinateur. J’ai réussi à couper de tout ce qui m’occupe en Suisse, sauf un truc. On l’appelle juste « Le livre » à force d’y travailler, stylo en main et sourcils froncés à la table du salon. Je ne fais que la correction et la mise en page, Emile écrit. Avant de partir, j’ai lu et relu, raturé des phrases, glissé des commentaires et des points d’interrogation dans la marge. Et je me suis beaucoup émerveillée aussi – c’est beau, le talent, n’empêche. Depuis que je voyage, c’est la mise en page qui m’occupe, quelques heures par-ci par-là. On trouve des moments pour échanger, faisant fi du décalage horaire et des connexions wifi récalcitrantes. Maintenant, le livre est presque terminé, on peaufine les détails.
Chez la famille Petrovi

Chez la famille Petrovi

Plus qu’un musée, le Red Flat est un voyage dans le temps. Derrière l’austère façade d’un immeuble de Sofia, un appartement des années 1980 présente un instantané de la vie quotidienne durant la période communiste. C’est Ivo, le guide rencontré dans l’épisode précédent, qui nous a conseillé cette visite. Au comptoir du magasin de souvenirs GIFTED, nous achetons nos billets d’entrée à une jeune femme qui parle quelques mots de français. Elle nous donne un dépliant, un tour de cou avec l’inscription «Visitor» et les indications pour nous rendre dans l’appartement, au coin de la rue.
Sofia, le printemps en cyrillique

Sofia, le printemps en cyrillique

Il a fallu se lever tôt. Se faufiler hors du dortoir sans réveiller les fêtards et s’échapper dans les lueurs de l’aurore. La nouvelle gare centrale de Belgrade se trouve un peu en dehors du centre-ville, dont elle se démarque par un monument moderne et immaculé. Le train régional pour Niš avance lentement, traversant la campagne serbe parsemée de buissons moussus et de branchages chargés de fleurs blanches.
La ferme des animaux

La ferme des animaux

📆J’attends Aleksandar au pied de l’Obélisque des Pays non-alignés. Je suis arrivée à 16h26, essoufflée de m’être égarée dans des quartiers encore non explorés de Belgrade sans avoir vu l’heure passer. Lui débarque à 16h32 en s’excusant. Il est né et a grandi dans la capitale serbe, étudié la sociologie et propose maintenant une visite guidée de la ville sur le thème du communisme et de la Yougoslavie. Nous sommes deux : Ksenia, venue de Russie (encore !), et moi.
Arrivée à Belgrade

Arrivée à Belgrade

Le Flixbus part à 8h30 de Budapest et prendra six heures pour rejoindre Belgrade. Je somnole jusqu’à la frontière, où il faut sortir du bus pour présenter son passeport à un officier peu avenant. Nous sortons de l’Union européenne. La Serbie déroule ses plats paysages nervurés par l’agriculture. Ça et là, une vieille bicoque en ruine offre un radeau à mes yeux hypnotisés par la monotonie des champs. Le bus nous dépose à l’entrée de la ville, dans le quartier de Novi Beograd. Sans internet et étourdie par une langue qui m’est inconnue, je monte dans un bus au hasard et parviens à me rapprocher de la vieille ville. Je poursuis à pied, traverse le pont qui surplombe les eaux brunâtres de la Sava. Autour de moi, le trafic est assourdissant.
Cap vers l’Est

Cap vers l’Est

Début avril, je suis partie pour l’une des aventures les plus dépaysantes de ma vie. J’ai pris trois mois de congé, un sac à dos presque pas trop rempli et un billet de train direction le Kazakhstan.
Jour de départ

Jour de départ

Le train pour Zurich est bondé. Je sers mon sac à dos contre mes jambes, mon totebag contre ma poitrine. À côté de moi, quatre jeunes parlent de musique et de festivals en descendant une bouteille de vodka. Leur compagnie est divertissante, je me tiens à l’orée de leur blabla, les écoutant distraitement. Je croyais que les au revoir étaient faciles pour moi – quelle erreur. Je suis partie le cœur lourd, les larmes qui perlent au bord des yeux.
Avant de lever l’ancre

Avant de lever l’ancre

J’ai encore acheté un carnet. J’en ai une dizaine déjà, mais il en fallait un nouveau car cette histoire méritera bien son propre écrin. J’ai choisi un beau modèle, avec des feuilles épaisses. J’ai doublé la couverture pour qu’elle résiste mieux et écrit la destination dessus. Ensuite, je l’ai ouvert à la première page et j’ai réfléchi. Il faut que je rembobine jusqu’au début, là où naissent les envies.
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Bienvenue à bord

Je m’appelle Camille et je suis touriste professionnelle (entre autres). J’ai créé Lève l’encre en 2017 pour partager le récit de mes voyages à la découverte des paysages de Suisse et d’ailleurs. J’espère te donner envie de voyager, notamment en privilégiant le train – pour la planète, mais aussi parce que c’est une expérience exceptionnelle.

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