L’ardeur fragile

Le monde rouvre. Les vadrouilles reprendront doucement d’ici très peu de temps; de timides excursions d’abord, pas trop loin, pas trop longtemps. Mais tu t’en doutes, ce n’est pas une raison pour cesser d’arpenter les environs. Il y a justement un magnifique champ fleuri tout près de chez moi.

Tu savais que le mot «coquelicot» vient de coquerico, en ancien français, et qu’il fait référence à la ressemblance entre cette fleur et la crête du coq? Moi je ne savais pas. J’aime bien les coquelicots, déjà simplement parce que le mot est cool à prononcer… Vas-y, essaie. Répète-le plusieurs fois, tu verras.

Je me suis perdue sur internet à lire des informations sur cette fragile étincelle de rouge qui colore nos champs depuis quelques semaines (oui je m’ennuie, y’a quoi?). Sur Le langage des fleurs, j’ai lu que le coquelicot a plusieurs significations: il symbolise d’une part le repos, la quiétude, il calme les chagrins. D’autre part, il dit «aimons-nous vite» à l’image de la beauté fugace d’une fleur qui fane rapidement.

J’ai encore beaucoup de voyages à te raconter ici. Des articles en brouillon depuis plusieurs mois, des inspirations sauvegardées quelque part et pas encore prêtes à être partagées. Et des photos, beaucoup de photos. Mais aujourd’hui, j’ai seulement envie de t’emmener dans ce champ de coquelicots, juste en bas de chez moi.

Je pourrais écrire des kilomètres de réflexion pour accompagner ces images. Comme beaucoup, je crois, j’ai constaté avec étonnement que mon inspiration n’a cessé de fleurir pendant l’étrange printemps que nous avons traversé. Une observation qui résonne avec cette phrase croisée quelque part et que je n’essaierai pas de traduire: if you can’t go outside, go inside.

Je pourrais écrire des kilomètres de réflexion sur ce que le «confinement» m’a appris. Sur les expériences et enseignements de ce (relatif) enfermement forcé. Sur la façon dont j’ai vécu la redéfinition de mon univers professionnel. Ses nouveaux contours. Comme une seule vaste journée de travail qui ne connait plus de début ni de fin mais s’étire paresseusement sur plus de deux mois – plus de 60 jours déjà. Les collègues en 2D, l’osmose qu’on s’efforce de recréer à travers l’écran mais qui finit par s’évanouir, vidée de sa substance par la digitalisation. L’accueil de cette stimulante et effervescente créativité qui renvoie dans son miroir d’illusions l’impossibilité de déconnecter. Le besoin de se raccrocher à quelque-chose de concret, les délais, les séances, les appels. Le sentiment d’un étrange vertige face au vide abyssal de l’agenda. Et la lenteur soudaine et assourdissante de la vie. Le temps qui reste accroché comme un nuage.

Je pourrais écrire des kilomètres de réflexion sur l’impact d’une pandémie sur notre vie sociale. Sur les rares personnes qu’on continue à voir et avec lesquelles on brode d’éphémères habitudes. Les interrogations, les rires, les jeux de société et les séances de sport, les échanges, les applaudissements et les bouteilles de rouge. Et sur les personnes qu’on reverra seulement «après». Ou celles qu’on ne reverra pas. Le virus qui accapare notre attention – seule actualité à partager et à commenter – puis qu’on parvient finalement à extraire de nos conversations comme on retire le vers d’une pomme. Et avec lui, l’envie de la manger.

Je pourrais écrire des kilomètres de réflexion, à l’image de celle que tu tournes et retournes probablement dans ton esprit, toi aussi, depuis plusieurs semaines. Mais au lieu de ça, j’ai juste envie de partager un fragment de la beauté d’un champ de coquelicots en fin de journée. J’espère que ça suffira.

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7 commentaires sur « L’ardeur fragile »

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