Annecy aux mille couleurs

Allongée au bord d’un lac aux eaux caribéennes, la petite ville d’Annecy grouille de monde en été. Pas étonnant, vu le charme de sa vieille ville aux murs peints de nuances chatoyantes. Lorsque l’on s’en éloigne, on découvre des plages sauvages, des gorges vertigineuses, un château de conte de fées et des pâturages presque familiers.

Filer comme une étoile. C’est presque un rituel, indispensable échappée dans le tumulte de mon quotidien. Tout à coup, la tête déborde, tout s’emmêle et le moment de partir sonne. Je me sentais bien en quittant la maison ce matin-là. J’avais l’esprit plein de pensées, mais elles n’avaient pas la forme des chauves-souris fébriles qui m’envahissent d’ordinaire au moment de la fuite. Plutôt des oiseaux, des papillons. Quelque chose de positif qui donne envie de suivre leur vol en forme de danse de l’espoir. Je me sentais bien ce matin-là.

J’ai pris le train pour Annecy sans réel programme en tête. J’ai trouvé un studio près de la gare pour quelques jours et compte en profiter pour rayonner en découvrant les alentours. Après quelques heures de trajet, je débarque du Léman Express en début d’aprèm dans le chef-lieu de Haute-Savoie, où il fait particulièrement beau et chaud.

J’aimerais bien déposer mes affaires mais mon logement ne sera dispo qu’en début de soirée. Les gares françaises sont dépourvues de consigne à bagages afin d’éviter les risques terroristes et la seule autre option, près de l’office du tourisme, ne compte qu’une dizaine de casiers déjà tous occupés. Tant pis, c’est donc avec mon sac à dos que j’explorerai la vieille ville.

La moiteur de l’été et la foule se marient dans un désagréable cocktail qui m’embrume l’esprit et m’empêche de savourer la visite. Annecy est pourtant magnifique. Lorsque je cesse de les lever au ciel, bousculée par une énième horde de touristes stagnant au milieu de la rue, mes yeux s’accrochent aux façades de couleur qui égaient le cadre historique. Des vieux ponts en pierre ou ouvragés enjambent le canal turquoise. Ils font comme des bateaux amarrés aux ruelles, chargés de croisiéristes prenant des selfies depuis leur rambarde.

Il faut dire que le cadre est sublime, mais je sens que je ne suis pas d’humeur à en profiter. Je m’extirpe donc de la piste de danse touristique surchauffée et rejoins les rives du lac. Il n’y a toujours pas d’air, mais les arbres immenses du parc des Jardins de l’Europe offrent une ombre bienvenue. D’ici, la vue est magnifique ; le lac avec son eau turquoise et les montagnes vêtues d’un doux manteau de forêts s’unissent dans une carte postale saisissante.

Ma première rencontre avec la vieille ville d’Annecy était faite de bousculements et de sueur, mais je ne m’avoue pas vaincue et y retourne le lendemain. J’y vais aux aurores avec l’espoir que la météo maussade retienne le monde mais sans savoir que le marché prend place presque tous les matins dans le centre-ville. Peu importe, il y a bien moins de monde que la veille et l’ambiance authentique et conviviale me plaît beaucoup. Les nombreux étals débordent de fruits et légumes, de produits du terroir et d’artisanat. Je retrouve les jolies ruelles l’après-midi, accompagnée cette fois-ci d’une guide qui achève de me convaincre: en plus d’une riche histoire, Annecy recèle un véritable charme pittoresque et accueillant.

Très vite, j’en ai assez de la ville et souhaite partir explorer les montagnes qui façonnent le berceau dans lequel somnole le lac d’Annecy. À l’office du tourisme, lorsque je m’enquiers de «la randonnée avec la plus belle vue sur le lac, siouplé», la conseillère n’hésite pas un instant et me recommande de grimper sur le Semnoz.

Le lendemain matin, je hèle le premier bus pour la montagne indiquée. Durant l’été, les lignes sont gratuites à Annecy et tout autour du lac – une super initiative pour limiter le trafic infernal qui sévit en ville et sur les routes panoramiques touristiques. Le grand bus est plein, notamment parce que la moitié de ses sièges ont été remplacés par des places pour vélos, elles-mêmes toutes occupées.

De nombreux lacets nous conduisent à travers une dense forêt puis des pâturages secs avant d’arriver à destination, environ trois quart d’heure plus tard. Au terminus, je reconnais l’insuffisante préparation de mon excursion puisque je n’ai aucune idée d’où débute la randonnée. Mais ce n’est pas très important, le décor est magnifique et je décide de m’aventurer au hasard en direction de quelques maisons esseulées. À leur hauteur, je constate qu’il s’agit de fromageries d’alpage qui fabriquent notamment du reblochon. Je poursuis ma route au son des insectes bourdonnant et des cloches des troupeaux de vaches. On dirait presque la Suisse.

Après peu de temps, le sentier dépasse les prés bosselés et la vue s’ouvre sur des centaines de kilomètres. À mes pieds s’étendent des patchworks de champs, des routes et des villes jusqu’à la ligne diffuse de l’horizon. La vue est belle – la vie aussi. Mais aucune trace du lac d’Annecy, qui se trouve en fait de l’autre côté et n’est pas du tout visible du sommet du Semnoz. Je me promène encore un moment sur la crête, savourant l’air frais et la beauté de la nature, avant de redescendre.

Depuis le centre-ville, on peut s’aventurer à pied, à vélo ou en bus vers les villages pittoresques et touristiques qui parsèment les rivages du lac d’Annecy. On y trouvera d’innombrables plages où profiter du soleil de l’été, louer un paddle ou prendre un cours de planche à voile.

J’ai beaucoup aimé le côté ouest du lac où j’ai été émerveillée par les paysages. En conjuguant les nuances turquoise du lac, la végétation florissante et les montagnes vertes, j’ai presque eu l’impression de m’être égarée dans les îles des Caraïbes. La comparaison est peut-être exagérée, mais le dépaysement bien au rendez-vous.

En guise de point d’orgue de mon séjour annécien, j’avais envie de découvrir les gorges du Fier. Situé à quelques kilomètres d’Annecy, l’étroit canyon vertigineux est le deuxième site touristique le plus visité de la région Haute-Savoie – Mont-Blanc. Il n’est malheureusement pas accessible en transports publics mais un minibus touristique s’y rend deux fois par semaine et propose par la même occasion la visite du château de Montrottier, juste à côté.

C’est une très bonne option qui permet d’arriver aux gorges à l’ouverture et de s’aventurer sur les passerelles encore désertes. Le décor est épique, même si canicule et sécheresse ont assagi le torrent du Fier. On déambule tout contre les parois froides et abruptes, à 25 mètres au-dessus de la rivière. Les premières passerelles ont été aménagées il y a plus de 150 ans déjà. Elles débouchent sur une mer de rochers, vaste labyrinthe de blocs fissurés entre lesquels ruisselles l’eau. Le parcours est enrichi de passionnantes explications sur la géologie du lieu et les jolies légendes qui l’entourent.

Finalement, je termine les émerveillements par la visite du château de Montrottier. Construite autour d’un superbe donjon, la forteresse pentagonale semble tout droit sortie d’un conte de fées. Derrière ses portes, on découvre l’histoire de celles et ceux qui l’occupèrent depuis le 13ème siècle au travers d’un véritable cabinet de curiosités. Dentelles, porcelaine, armes, vêtement, objets du monde entier remplissent les salles historiques. La visite du château est habilement pensée pour les enfants aussi, avec des jeux, des défis et un parcours sonore qui donne la parole à des figures du château.


Infos utiles

S’y rendre
Le train est évidemment la meilleure option. Depuis Genève, une ligne directe du Léman Express te conduit à Annecy en 1h30.

Mes recommandations en résumé
▪ Annecy se visite facilement à pied. Si tu veux aller un peu en dehors, profite des des bus gratuits tout l’été.
▪ Le bord du lac est très fréquenté mais ça se comprend. Je te recommande plutôt le rivage ouest pour les plages et l’est pour les jolis villages.
▪ Profite de la visite guidée de la vieille ville. C’est tous les jours de l’été à 10h30 ou à 15h, inscription et départ à l’office du tourisme. Ça ne coûte que 6.50€ et c’est super intéressant.
▪ Monte au Semnoz pour apprécier le panorama, voir des vaches et savourer un peu de fraîcheur.
▪ Visite les gorges du Fier et le château de Montrottier avec l’offre d’Annecy City Tour. C’est tous les mercredis et dimanches, ça coûte quand même 33€ mais c’est une super visite et la seule option pour se rendre aux gorges en transports presque publics.

6 commentaires sur « Annecy aux mille couleurs »

  1. On pense connaître un peu Annecy mais on se rend compte, au travers de ton récit, que ça vaut la peine de sortir des sentiers battus
    Merci pour les découvertes par l’image
    Ça donne envie de découvrir les gorges
    Marie

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