Le sentier des arêtes de Stoos, au sommet du monde

Bienvenue sur le «stairway to heaven», les escaliers du paradis. Près de 2000 mètres au-dessus du sol schwyzois, là où les frontières cantonales disparaissent, où les lacs dessinent des gouilles impassibles et les nuages s’étirent comme de la barbapapa, on s’élance sur l’une des plus belles randonnées de Suisse.

En allemand, on parle de «Gratwanderung» pour définir les randonnées qui courent entre deux sommets, le long d’une arête. De manière plus imagée, le terme est également utilisé pour évoquer un exercice d’équilibrisme, une manœuvre délicate. Ces promenades de funambule promettent des vues à couper de souffle et, forcément, de grandes émotions. Et lorsqu’elles surplombent un lac, ce sont sans aucun doute mes préférées.

J’avais repéré le sentier des arêtes de Stoos il y a longtemps, mais j’étais redescendue bredouille d’une première tentative très brumeuse pendant l’été 2019. C’est donc en octobre que j’y suis retournée, juste avant que la météo ne commence à sentir vraiment l’automne – le vrai, celui qui rafraîchit l’air et détrempe tes chaussettes. Arrivée au petit matin à Schwyz, j’ai embarqué dans le funiculaire le plus raide du monde pour rejoindre le village sans voitures de Stoos. C’est ici que débute ma promenade.

Le premier objectif est le sommet du Klingenstock, à environ 600 mètres d’altitude plus haut. Je quitte très vite les derniers chalets pour me retrouver au cœur de la nature. La saison confère une ambiance toute particulière à ces paysages, elle appose un filtre sépia sur les pâturages. Le soleil est encore caché derrière les sommets mais sa lumière indirecte éclaire déjà mon chemin.

Des cailloux sous mes pieds aux immenses montagnes qui délimitent l’horizon, le décor m’ensorcelle. Le sentier presque désert me guide à travers des étendues vallonées qui semblent tapissées de velours. Derrière moi, le brouillard rampe depuis la vallée. Le large chemin se mue en étroit sillon terreux qui grimpe dans la montagne. Je me retourne parfois pour admirer le vaste panorama et reprendre mon souffle avant de poursuivre l’ascension. Tout à coup, un minuscule lac – ou une vaste gouille – apparaît au moment où le soleil glisse ses rayons par-dessus la crète.

Les sommets ne m’abritent plus et je ressens la piqûre du vent. Il ébouriffe mes cheveux et fait danser les herbes séchées à mes pieds. Le Klingenstock n’est plus très loin; je rejoins d’abord une première crète et, après quelques lacets, j’atteins l’objectif. Au sommet, je profite de la vue à 360° sur les montagnes environnantes, les crêtes escarpées et les forêts de sapins en conte-bas. C’est magnifique.

Le sentier des arêtes commence ici. Il déroule son enchevêtrement d’escaliers et de superbes points de vue. Le panorama spectaculaire, le vent qui souffle rageusement, le vide tout autour… Le sentiment d’être sur le toit du monde est infiniment grisant. Du Klingenstock, je souhaite rejoindre le Fronalpstock, le prochain sommet.

Je monte, je descends, je remonte, je croise quelques personnes et, à chaque fois que je lève les yeux, je m’émerveille de la vue. Cette promenade permet d’admirer plus de dix lacs et de survoler les paysages de nombreux cantons de Suisse centrale. Les mots me manquent pour décrire la magie de cet instant, parfait assemblage entre la beauté de ce qui m’entoure et la saveur si douce de ma solitude.

Lorsque j’atteins le Fronalpstock, le brouillard fait comme une mer de coton moelleux de laquelle pointent quelques collines couvertes de sapins. Il y a plus de monde ici. J’entame la descente en serpentant entre les promeneureuses qui rejoignent ce sommet pour emprunter mon itinéraire en sens inverse.

Je dévale très vite la fin du parcours – presque en courant. Je n’aime pas trop la descente et le plus beau est déjà derrière moi, même si la montagne continue de me présenter un sublime tableau. Je retrouve le village de Stoos en début d’après-midi, les jambes fatiguées et l’esprit encore hébété de l’expérience. Le dernier dénivelé franchi par le funiculaire me ramènera finalement sur terre.


Informations utiles

⛰ Itinéraire: Stoos – Klingenstock – Fronalpstock – Stoos
⛰ Durée: environ 14 kilomètres, près de 5 heures de marche.
⛰ Difficulté: demande une bonne condition physique (plusieurs tronçons sont des chemins de randonnée de montagne), déconseillé si tu as le vertige.

Alternative: tu peux aussi rejoindre le Klingenstock en télésiège depuis Stoos (mais pas tous les jours, regarde bien les horaires avant) et/ou redescendre en siège depuis le Fronalpstock, ce qui permet de réduire considérablement la durée et l’effort tout en profitant de la partie la plus impressionnante de la randonnée. J’ai trouvé ici les infos les plus complètes (mais c’est en allemand).

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5 commentaires sur « Le sentier des arêtes de Stoos, au sommet du monde »

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