Un tapis de narcisses

Entre mai et juin, on croirait que la neige est tombée sur les pâturages des Pléiades, au-dessus de Montreux et Vevey. En s’y promenant, on s’émerveille des centaines de narcisses qui fleurissent au milieu d’une nature excitée par l’arrivée des beaux jours.

La beauté captivante des fleurs réside probablement dans leur caractère éphémère. Bien davantage qu’en bouquet, je les aime à l’état sauvage; lorsqu’elles tapissent des prairies entières, parsèment des champs et colorent un paysage verdoyant. Le canton de Vaud regorge de paysages fleuris. Après les tulipes et les dahlias de la région de Morges ou les jonquilles d’Eclépens, j’avais envie de voir les narcisses de la Riviera. Parmi les divers itinéraires, j’ai opté pour les Pléiades – un parcours accessible, pas trop long et magnifique.

La promenade débute à la gare de Lally, où l’on sort du train qui monte aux Pléiades. Les premiers pas se font dans le village encore endormi. Très vite, on rejoint le vaste parking désert avant de plonger dans les prairies fleuries. Le soleil n’a pas encore dépassé la cime des sapins et je profite de l’ambiance féerique du matin.

Le bruit régulier de mes pas sur la passerelle en bois froisse le silence et fait résonner ma solitude. La jungle qui s’épanouit à l’orée du chemin profite d’un sol très humide puisque je me trouve ici dans le marais des Tenasses, vaste tourbière au biotope fragile. J’ai hâte de découvrir les narcisses, mais je me délecte déjà du prélude qui se joue dans ces herbes où perle la rosée. Dans son kaléidoscope de formes et de couleurs, baignée dans la lumière du matin, la nature est sublime.

Lorsque je quitte la passerelle de bois, je continue mon chemin tout droit en direction de quelques chalets traditionnels. J’aperçois finalement les premiers narcisses. Jusqu’ici, la blancheur de leur éclat se confondait avec les centaines de pissenlits touffus, prêts à s’envoler au prochain coup de vent. Mais pas de doute, ce sont bien eux.

Les pâturages fleuris ne sont pas accessibles au public. Une fine clôture agrémentée de panneaux signalétiques indique qu’il est interdit de marcher près des narcisses et, évidemment, de les cueillir. La fleur emblématique de la riviera vaudoise doit absolument être préservée car elle est en danger. En raison des mutations de l’agriculture, de l’emprise de la forêt sur les prairies et de l’urbanisation, les narcisses perdent du terrain. Les photos d’archives publiées sur le site de l’association Narcisses Riviera, qui s’engage depuis plus de 20 ans pour la sauvegarde de ce patrimoine, permettent de constater cette inquiétante diminution.

Pas question de cueillette donc, mais je m’arrête un instant pour profiter du spectacle. Le soleil en profite pour se faufiler entre les branches des arbres et réchauffer l’atmosphère.

Je poursuis en direction d’une vaste ferme où m’accueille un gros chien aux longs poils blancs. Le chemin plonge ensuite vers un cordon de forêt et rejoint une route goudronnée qui remonte plus abruptement. C’est le début de l’ascension vers le sommet des Pléiades. De ses rayons timides, le soleil effleure peu à peu les vastes pâturages de narcisses qui s’étendent sur ma gauche. Au loin, les montagnes se détachent dans une lumière diffuse.

La montée n’est pas très longue mais bien pentue. Je longe l’installation du téléski immobilisée dans son sommeil estival. Sur ma droite, entre les sapins, s’étend le vaste plateau suisse. Je dépasse une buvette encore fermée et atteins finalement le sommet – qui n’est spécialement impressionnant, le panorama étant masqué par de nombreux sapins.

Dans la descente, les cloches des vaches accompagnent la suite de la marche. Entre deux cimes, j’aperçois le bout du Léman et m’émerveille de la vue sur la chaîne des Alpes encore enneigées. J’atteins finalement la gare des Pléiades, où la randonnée est presque terminée.

Quelques volées de marches et un étroit sentier goudronné me permettent finalement de retrouver mon point de départ en longeant les voies.


Informations utiles

🌼 Itinéraire: arrêt de bus Lally – restaurant 1209 – suivre Circuit de Prantin – retour à Lally (référence)
🌼 Durée: un peu moins de 5 kilomètres, environ 1h30
🌼 Difficulté: facile, ça monte un peu (260m de dénivelé) mais l’itinéraire accessible à toutes et tous. Si la montée ne te séduit pas vraiment, tu peux monter au Pléiades en train et redescendre à pied.
🌼 Au sujet des narcisses.

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