Les marmites glaciaires de l’Alp Mora

L’automne peine à imposer ses couleurs à un mois d’octobre encore trop chaud. Ce n’est donc pas trop tard pour te partager la suite de mon périple estival aux Grisons. Cette randonnée plutôt exigeante m’a emmenée à la découverte d’une fascinante curiosité géologique.

Elles sont particulièrement photogéniques, les marmites glaciaires de l’Alp Mora. J’avais repéré cet endroit impressionnant en faisant quelques recherches avant mon séjour aux Grisons. Des images magnifiques, mais très peu d’infos sur leur emplacement et la façon de les rejoindre. Pas d’itinéraire officiel du côté de SuisseMobile mais quelques infos sur les sites locaux, notamment celui de l’office du tourisme de Trin. J’y lis que c’est une « schwere, lange Wanderung » mais je fais comme si je n’avais pas compris et programme mon réveil aux aurores.

Le lendemain, juste avant 7h, l’air est frais. Le soleil brille déjà timidement mais des voiles de brume s’accrochent aux sommets lorsque j’embarque dans le car postal au centre de Flims. J’en ressors un petit quart d’heure plus tard à Trin, hameau voisin où débute la randonnée.

IMG_8823IMG_8827IMG_8885IMG_8834

On ne va pas se mentir, l’objectif était plutôt ambitieux pour la randonneuse en baskets que je suis. Près de 1200 mètres de dénivelé positif, d’abord sur l’asphalte austère puis sur des sentiers plus agréables, à l’ombre des sapins.

Mes recherches préalables m’avaient laissé penser qu’il n’y avait pas d’itinéraire « officiel » pour cette randonnée, mais une fois sur place, ce n’est pas très compliqué. Je marche en fait sur l’ancien chemin alpin, le plus souvent sur d’étroits sentiers bordés d’herbes ébouriffées, de fleurs sauvages et d’arbres. Je savoure la solitude de cette journée d’août. Solitude toute relative: les humains se font rares, mais, à mes pieds, tout un monde s’éveille et grouille de vie. Les insectes sont déjà bien affairés, tournoyant, butinant et bourdonnant au ras du sol.

IMG_8876IMG_8856

IMG_8888

Plus je grimpe, plus la vue sur les montagnes et la vallée est dégagée. Après plus de trois heures d’ascension, j’aperçois enfin les paravalanches de Platt Alva dont parlaient les quelques descriptions de la randonnée. Ce point de repère m’indique que je suis sur la bonne voie et que mon but n’est plus très loin.

IMG_8923

IMG_8927

Je marche maintenant sur les prairies du Val Maliens. Ces immenses alpages accueillent des troupeaux de vaches dont plusieurs panneaux nous invitent à nous méfier. Le décor a changé; il n’y a plus de chemin, seulement des traces de pas dans l’herbe. La roche blanche apparaît dans les sillons profonds qui balafrent cet épais tapis de végétation.

IMG_8952IMG_8945

J’avais lu que les montagnes autour de Flims forment un haut lieu tectonique témoin de la formation des Alpes – rien que ça. Autour du Piz Sardona, entre les cantons de Glaris, de Saint-Gall et des Grisons, on peut donc admirer le phénomène géologique du chevauchement: lors de la collision des continents européen et africain, des roches vieilles de près de 300 millions d’années ont glissé sur des roches plus jeunes et paf, ça fait des montagnes. (C’est en tout cas ce que j’ai compris de mes recherches, mes connaissances dans ce domaine étant plutôt limitées.)

Parenthèse tectonique fermée, j’arrive enfin au but de ma randonnée. Là, entre les pentes rocheuses d’un blanc éclatant, le soleil se reflète à la surface de l’eau. Les marmites glaciaires sont sous mes yeux, comme un collier de perles déposé dans l’ancien lit du ruisseau. Ces piscines naturelles ont été creusées dans la roche calcaire par le tourbillon répété de l’eau qui ruisselle, intarissable.

IMG_8959IMG_8974

Y a-t-il une corrélation entre la rigueur de l’effort et le bonheur de toucher au but? Probablement. Comme d’hab, le temps semble s’arrêter alors que je m’imprégner de la beauté de ce lieu presque désert.

Si le nom de «marmite» fait évidemment référence à la forme de ces jacuzzis, l’adjectif «glaciaire» ne laisse aucun doute sur la température du l’eau. La baignade est donc courte et revigorante, avant de reprendre la route.

IMG_8957IMG_8969IMG_8966IMG_8983

J’ai décidé de ne pas emprunter le même chemin pour le retour, mais de m’aventurer à l’ouest jusqu’à Bargis. Le parcours est plus long, mais moins pentu et joliment varié. J’y croise quelques randonneurs – que je salue évidemment selon le code implicite qui s’applique uniquement en montagne et dans les villages de moins de 1000 habitants – et même des VTTistes aguerris qui dévalent les pentes à vive allure. Sur le chemin, je profite d’un autre coup d’œil sur la vallée. Le Crestasee est à mes pieds, larme turquoise au milieu des sapins.

IMG_9016IMG_9022IMG_9035

Une fois de plus, l’immensité de ce théâtre montagneux m’écrase. Les autres randonneurs sont des points presque imperceptibles dans la nature silencieuse. Au tournant de chaque rocher, le chemin semble prendre de nouveaux détours inattendus. Mais la marche est agréable. Pas de pentes trop raides, plutôt un juste équilibre entre plat, douces pentes et dernières montées caillouteuses.

IMG_9038

IMG_9046

Le sentier se resserre, longeant la paroi abrupte. Je traverse un impressionnant pierrier – «à mes propres risques», prévient le panneau – qui par météo pluvieuse doit être très dangereux. Mais ce n’est pas le cas, puisque le soleil chauffe tout ce qui est à portée de ses rayons, y compris mes épaules.

IMG_9042IMG_9060IMG_9069

Il me faudra un peu plus de trois heures pour arriver à Bargis, où la navette me ramène à la civilisation. L’appli sur mon téléphone estime que j’ai effectué précisément 42’073 pas pendant cette journée, ce que mes jambes fatiguées semblent confirmer – aucune difficulté à trouver le sommeil ce soir-là 😉

IMG_9085IMG_9089

 


Infos utiles

Itinéraire

J’ai opté pour le parcours Trin – Alp Mora – Bargis, mais on peut également le faire dans l’autre sens, ou encore redescendre par où l’on est monté.

Montée: départ de l’arrêt de car postal Trin, Quadris. Emprunter l’ancien chemin alpin (suivre les panneaux Alpweg ou Alp Mora) pendant un peu plus de 3 heures. On est sûr d’être sur le bon chemin lorsque l’on aperçoit les paravalanches de Platt Alva. Il reste alors environ une heure de randonnée jusqu’aux marmites glaciaires. La montée depuis Trin dure donc un peu plus de 4 heures.

Descente: revenir sur ses pas jusqu’au pied des paravalanches puis prendre le chemin qui part à flanc de coteau (et non celui par lequel on est monté). Suivre simplement les panneaux « Bargis ». La descente prend environ 3 heures. Depuis Bargis, on peut continuer à pied jusqu’à Trin ou prendre la navette jusqu’à Flims.

Cette vidéo montre le parcours à suivre si on le fait en sens inverse, de Bargis à Trin:

Précautions

  • Attention, cette randonnée n’est pas une promenade de santé! Ne sois pas inconscient comme moi et préviens des gens de ton entourage si tu l’entreprends. Juste au cas où.
  • Il n’y a pas d’auberge ou de restaurant sur le chemin. Pense donc à emporter suffisamment de provisions pour la journée (pour l’eau, on peut remplir sa gourde dans quelques rares sources et évidemment dans les marmites glaciaires).
  • En montagne, la météo change très vite. Prévois des habits en conséquence.

 

 

 

4 commentaires sur « Les marmites glaciaires de l’Alp Mora »

  1. Bonjour,
    Je tombe sur votre blog par hasard et je le trouve super. Quel bel article sur cette randonnée qui a l’air magnifique. Bravo 🙂

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s